Le propre du roman

"Quel est le propre du roman ? Quelle est l'affaire du roman ? Toute la question littéraire, sous son angle critique, consiste à tenter de le redéfinir, ce propre du roman. Avant d'être « de la littérature », avant de dialoguer avec le reste de la littérature (catéchisme du vieux modernisme, liturgie des avant-gardes), un roman parle du monde. Et l'invente. Et le combat. Et s'en moque. Et le questionne. Et le montre. Et l'interprète. Et (aujourd'hui plus que jamais) interprète un monde toujours déjà surinterprété, détruit, arraisonné, recréé de toutes pièces. Ce n'est plus le monde, comme autrefois, qui se présente aux romanciers, c'est une version du monde. L’« observation » du réel, comme on disait jadis, redevient d'autant plus justifiée qu'il s'agit d'un réel reconstruit par les fictions que proposent quotidiennement les médias, et qu'ils imposent comme réel sans alternative. La propagande quasi naturelle et spontanée de l'« information » passe elle aussi par le récit, par une certaine forme de roman qu'il conviendrait de dégager, dont il conviendrait de voir comment elle s'en sert, à propos de n'importe quel événement. La télévision utilise un type de roman qui lui permet d'orchestrer la disparition du monde et de l'Histoire. Les médias se sont admirablement organisés de façon à n'avoir pas besoin du roman puisque c'est eux qui le font."

Extrait de Après l’Histoire I

 

 

 

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